J’ai siroté. J’ai goûté. J’ai savouré.

À ma droite, une banane flambée au rhum s’embrase avec fracas, menaçant les sourcils et les toques qui s’approchent d’un peu trop près ; à ma gauche, des rouleaux de thon épicé et de crevettes tempura sont happés sur des plateaux décorés de carottes sculptées en forme de dragons. Devant moi, de fiers vignerons néo-écossais servent verre après verre un Tidal Bay bien vif, et je me tiens là, totalement émerveillée, au cœur de mon tout premier Savour food & wine Festival.

À vrai dire, « savourer » n’est peut-être pas le mot juste pour décrire ce que j’ai fait au festival. Avec deux heures pour siroter, goûter, aspirer, picorer à la cuillère les meilleurs mets et boissons que d’innombrables restaurants et producteurs alimentaires de la Nouvelle-Écosse ont à offrir, il fallait que je m’active, que je joue des coudes parmi le millier d’autres gourmands présents et que je passe aux choses sérieuses : me remplir la panse.

Ce n’est pas que je n’aie pas savouré l’épaisse tranche de flétan local servie sur une salade de chou aux pommes locales, nappée de sirop de bleuets de la Nouvelle-Écosse et garnie de rubans de panais, préparée par les talentueux chefs de Five Fishermen. L’espace d’un instant, je me suis perdue dans les tendres flocons de poisson, rehaussés d’une douce note fruitée, malgré les éclats de rire tonitruants de la file du food truck derrière moi.

Mais déjà, je passais à un amuse-bouche : un biscuit au babeurre, au saumon fumé et à l’aneth, puis à une flûte de Prosecco pétillant…

Et puis ces petites bouchées de ceviche de thon en cornet de Harbour City Bar & Grill…

Et puis… puis il y a eu la truffe au Grand Marnier. Le triangle de chocolat dense de Scanway Catering’s, parfumé à la liqueur d’orange, m’a fait marquer une pause : un instant sucré et enivrant, avant que je ne glisse en bouche la garniture de fraise et que je file voir la file pour les pommes à la crème fouettée au foie gras et aux miettes de brioche, parce que je ne repartais pas sans goûter à cette étrange petite concoction.

Armée de ma petite assiette, de mon verre de vin et de ce petit morceau de plastique ô combien essentiel qui reliait l’un à l’autre, j’ai vu des chefs et des vignerons se surpasser, les uns et les autres, dans l’utilisation créative d’ingrédients locaux et la présentation de plats audacieux et ludiques. Mon plat salé préféré de la soirée : une côte courte braisée avec purée de céleri-rave, pois et pancetta, servie par Saege Bistro : une cuisine simple et réconfortante, débordante de saveurs. En mordant dans cette viande incroyablement fondante, j’ai eu un de ces moments « pincez-moi, je n’arrive pas à croire que c’est aussi bon ».

La plus grande aventure de la soirée a été de trouver comment me resservir de mes coups de cœur sans passer pour une gloutonne finie. Peut-être qu’en espaçant mes visites à chaque kiosque, les exposants ne me reconnaîtraient pas ? Quelque chose dans ma façon d’aborder chaque table — accroupie, le visage derrière mon appareil photo, clic clic clic sur ces plats magnifiquement présentés — me rendait assez identifiable, je crois.

Me disant que c’était chacun pour soi et que, de toute façon, personne ne se souciait vraiment de prendre plusieurs portions au détriment de la chance des autres de goûter, j’ai foncé de nouveau au kiosque de Harbour City Bar and Grill’s. Pendant que tout le monde était hypnotisé par les bananes en flammes, je me suis faufilée à travers la foule de spectateurs émerveillés et j’ai dérobé mon deuxième Peanut Butter Crunch. De la crème fouettée au beurre d’arachide sur un biscuit au chocolat, enrobé de chocolat au lait et servi avec des bananes chaudes imbibées de rhum et une crème soyeuse : une revisite du célèbre sandwich préféré d’Elvis, pour les palais plus exigeants. Parfait, soit dit en passant, avec une coupe de bulles.


Même si j’ai commencé ma soirée dans une course effrénée pour accomplir la mission apparemment impossible de goûter à tout ce qui se présentait en deux heures, j’avoue que le salon Savour food & wine m’a complètement achevée. À dix minutes de la fin, j’ai posé mon verre de vin et j’ai englouti ma dernière tarte autrichienne pomme-poire, nappée d’une sauce au rhum à l’érable, de Gabrieau’s Bistro. Inspirée, repue et un peu pompette, j’ai fait mes adieux à ce paradis des gourmands, certaine que je reviendrais l’an prochain.

Note de la rédaction : Plusieurs des produits présentés dans le blogue de Jessie étaient des lauréats Savour Best of Show. Cliquez ici pour voir la liste complète des gagnants.